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Anne-Marie ETIENNE

La nuit des Sans

Centre d'Art Contemporain

Plaça del Pont d'en Vestit, Perpignan, France

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Avec la nuit, les repères disparaissent. Il nous faut oublier nos référents, désapprendre nos valeurs pour nous ouvrir à un monde qui nous dépasse et nous déstabilise. Le chant polyphonique des femmes s’élève. D’abord hésitant, il se renforce progressivement, scandé d’une manière hypnotique par les pas des chasseurs qui tournent autour d’elles. Le martèlement lancinant des pieds est amplifié par les cocons de chenille secs remplis de petits cailloux portés par les danseurs autour des chevilles. Et la danse induit la transe, une relation étroite s’établit entre la terre et le ciel, la nature et les hommes, les vivants et les morts.

Ces danses, au cœur de la culture San, sont à la fois rituels de guérison, prières pour la pluie, régénération du cosmos et catharsis sociale…. L’état altéré de conscience atteint par les danseurs leur permet d’accéder aux pouvoirs de l’autre-monde et ils les mettent au service de la communauté. La force des chants envahit leur corps et leur esprit, chemine le long de leur colonne vertébrale puis explose dans leur tête, induisant des visions de formes géométriques suivies d’hallucinations ou de la sensation d’un voyage extracorporel. Les chamanes pénètrent alors dans un autre royaume, le monde des esprits, et peuvent se transformer en oiseau ou en d’autres animaux, visiter des contrées lointaines et communiquer avec les disparus.

Comment percevoir et rendre compte par la photographie de l’état altéré de conscience atteint par les guérisseurs Sans ? Comment retranscrire le chaos de sentiments ressenti dans ces moments où la raison se noie dans un tourbillon de sensations visuelles et auditives ?

Comment rendre visible l’invisible ?

Pour représenter la dissociation des corps ressentie au moment de la transe par les danseurs, leur entrée dans un autre royaume, j'ai choisi de superposer un flash au premier rideau avec des poses lentes, alors que la lumière ambiante était encore légèrement présente. Cet entre-deux, ce moment fugace, entre les deux rideaux qui glissent devant le capteur est-il une porte sur l’ailleurs ? Une porte sur le monde des esprits ? Que voit-on de l’autre côté du miroir, entre l’immanence et la transcendance ?

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