
Béatrice OBEDIA
Port-Barcarès : Dernier pêcheur d'anguille à l'année
Stephan Coiffure Vauban
19 Quai Sébastien Vauban, Perpignan, France

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La pêche à l’anguille encore appelée pêche aux Capéchades, est une technique de pêche ancestrale au filet.
Jadis elle a nourrit des générations d’habitants proches des étangs. Aujourd’hui elle se raréfie d’une part en raison de sa pratique exigeante et d’autre part en raison d’une désaffection de l’anguille.
Ils ne sont à présent qu’une poignée à pêcher l’anguille.
Cédric 48 ans, fils et petit fils de pêcheur, est le dernier pêcheur d’anguille à l’année de l’étang de Barcarès.
Cédric aurait pu rester cuisinier mais depuis qu’il est enfant il a la mer en passion. Alors lorsque son père prend sa retraite, il reprend à 40 ans le flambeau familial et suit les traces de sa famille.
J’ai eu la chance d’embarquer avec lui pour vous raconter son quotidien.
Toute l’année, lorsque le jour n’a pas encore pointé le bout de son nez, il sillonne les eaux de l’étang de Barcarès à bord de sa barque à fond plat encore appelée Sapinou.
Celle –ci glisse doucement poussée par un petit moteur vers le site ou Cédric a calé ses verveux dans la vase au fond de l’étang.
Des filets posés sur le sol vaseux de l’étang, on ne distingue qu’une longue ligne de bouées qui permettent de garder la flottaison nécessaire des verveux.
Les verveux à mi chemin entre la nasse et le filet, forment un grand entonnoir dans lequel les anguilles vont passer, sans jamais pouvoir ressortir. Piégées elles n’auront qu’à être récoltées.
Mais la tâche n’est pas si facile car Cédric travaille à l’ancienne : sans GPS ni roue qui à l’avant du bateau permettrait de remonter les filets plus facilement.
Le moteur se tait, Cédric se contorsionne et en plongeant les deux mains dans les eaux de l’étang, se saisit d’une des poches du filet, la tracte grâce à la force des bras hors de l’eau et la vide dans une grande poubelle en plastique posée dans la barque : Quelques grosses anguilles vertes s’agitent.
Manipulant la fique, une perche en bois, il pousse la barque d’une poche à l’autre. A chaque fois quelques anguilles viennent s’ajouter au fond de la poubelle.
Cédric remet alors son bateau en route pour aller vers un autre filet.
Chaque filet est visité en plusieurs points de l’étang dont seul Cédric connait la localisation. Les filets peuvent restés dans l’eau jusqu’à 5 à 6 jours, l’anguille ne sortant que selon certaines conditions météo.
Le maigre butin de la journée sera stocké dans un vivier. La majorité de celui-ci attendra que le mareyeur vienne le récupérer. Ce dernier les entreposera dans des bassins afin de les expédier vers l’Italie, l’ Hollande, l’Espagne où l’anguille très appréciée là-bas sera fumée.
Le reste sera vendu sur commande à de rares particuliers ou restaurateurs qui tentent de remettre l’anguille au goût du jour.
Des campagnes ont été menées pour revaloriser l’anguille et la faire redécouvrir. Plusieurs villes des étangs fêtent l’anguille chaque année pour partager la traditionnelle bullinada d’anguilles.
Un secret qui se transmet de père en fils depuis des temps lointains.
Alain, le père de Cédric perpétue cette tradition et m’a donné la recette :
« Des anguilles, quelques pommes de terre, de l’ail, du saindoux et une pointe de piment. Pour le reste vous le saurez si vous venez sur place ! »
